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 Charles Quint

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MessageSujet: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 21:40

La première moitié du XVIe s a été marquée par plusieurs grands souverains : Henri VIII, François Ier, Soliman le magnifique, et surtout Charles Quint. On parle d'ailleurs souvent de siècles de Charles Quint. Pourtant, malgré son immense puissance, son règne a un goût d'inachevé : engagé dans d'innombrables guerres contre les Français, diverses cités italiennes, les Ottomans, les princes allemands luthériens, et même le Pape à une époque, l'Empereur quitte la scène dès les années 1550, usé par ses tâches immenses et par la maladie.

Charles de Gand



Charles de Habsbourg est né en 1500 dans les Flandres, à Gand, qui, à cette époque et comme tous les pays-bas, étaient aux mains de la puissance maison de Bourgogne. Ainsi, Charles Quint avait le Français pour langue maternelle. Il ne parlera aussi bien l'Espagnol que tard dans sa vie. Quant à l'Allemand, il ne le maitrisera jamais parfaitement. Du reste, Charles Quint n'aime guère l'Allemagne, encore moins sa langue ou sa population. Bien qu'il porte le nom de la maison d'Autriche, Charles s'identifie avant tout à la maison de Bourgogne, une des innombrables dynasties dont il est l'héritier (par le jeu des alliances entre maisons espagnoles, bourguignonnes et allemandes). Cette maison est connue pour son faste extravagant, et tire son prestige de l'importance qu'elle attribue aux idéaux de la chevalerie.

Héritages

D'ailleurs, Charles de Gand hérite des possessions bourguignonnes (qui comprennent les pays-bas et la Franche-Comté, mais plus la Bourgogne, prise par les Rois de France) dès 1506. Dix ans plus tard, c'est au tour de l'Espagne, dont il devient le Roi Charles Ier, suite à la mort de son grand-père Ferdinand d'Aragon. Néanmoins, Johanne de Castille, sa mère est toujours vivante bien que folle, ce qui rend la succession difficile. Il est décidé de faire de Charles un simple Roi associé. Mais le premier contact entre le jeune homme et les Espagnols ne préfigure absolument pas l'Histoire d'amour qui va avoir lieu par la suite (qu'on a toutefois souvent exagérée) : il ne parle pas le Castillan alors, est laid (Charles Quint avait une machoire inférieure très proéminente, au point de pouvoir difficilement fermer la bouche. Très manifeste dans les tableaux de sa jeunesse, ce trait disparait presque par la suite) et impose le faste bourguignon à une cour espagnole habituellement plus austère (pour information, le fameux ordre de la toison d'or, qui existe à présent en Autriche et en Espagne, vient de Bourgogne à l'origine). D'ailleurs, Charles, devenu entretemps l'empereur Charles Quint, doit affronter une révolte en Espagne en 1520-1521. Victorieux, il doit malgré tout s'assurer le respect de son royaume le plus riche, la Castille. Il le fait, en s'entourant de conseillers espagnols, en laissant les Castillans et les Aragonais s'administrer eux-mêmes, en se mariant avec la très belle Isabelle de Portugal, et surtout en entamant son "hispanisation", puisqu'il vit en Espagne jusqu'aux années 1530, avant de reprendre son errance, et apprend la langue Castillane. Notons qu'il ne faut pas simplifier les choses : lorsque l'on parle d'hispanisation, c'est en fait une tendance à devenir Castillan malgré tout. Certes, tous les peuples ibériques ont le sentiment d'appartenir à un même ensemble culturel, mais au sein de celui-ci, c'est bien la puissante Castille qui est la référence, ce qui est vu de façon mitigée par les autres royaumes espagnols. Cet héritage espagnol lui permet aussi d'hériter de l'empire colonial d'Amérique, qui s'étend de jour en jour et fait de l'ensemble de Charles un empire mondial, à l'inverse du formidable empire ottoman, plus compact.



Isabelle de portugal

L'autre grand héritage c'est l'autriche, qui lui permet de s'assurer une position confortable dans l'élection pour devenir Saint-Empereur. De nombreux souverains se présentent, mais l'élection tourne vite au duel entre François Ier et Charles Ier d'Espagne. Grâce à l'appui du banquier Fugger, ce dernier l'emporte à l'unanimité et recueille le saint-empire. Devenu "Roi des romains" en 1519, il est sacré l'année suivante. Notons que cet ensemble ne lui appartient pas personnellement, il s'agit d'un espace où son pouvoir est limité par celui des différents princes-electeurs allemands. En revanche, le saint-empire lui offre un prestige exceptionnel, puisque dans l'ordre protocolaire le Saint-Empereur est le deuxième souverain d'Europe, derrière le Pape mais devant le Roi très Chrétien de France (qui lui-même passe devant le Roi catholique d'Espagne). Il restera pour l'histoire, et malgré son manque total d'intérêt pour la culture allemande et l'Allemagne en général (à part la bière de Munich), l'Empereur Charles Quint

Dans la décennie 1520, c'est donc un souverain comblé qui séjourne dans ses terres d'Espagne. C'est le plus grand souverain d'Europe, avec le Roi de France, et c'est un mari heureux. En effet, le mariage avec Isabelle était politique mais les deux époux sont profondément amoureux, et durant son mariage, l'Empereur n'aura pas de maitresse connue (il en aura avant son mariage et durant son veuvage, et même des enfants naturels).

L'empire européen de Charles :


Les territoires lui appartenant personnellement s'établissent comme suit :
l'héritage espagnol : la Castille, l'Aragon, les iles de méditerranées occidentales, Naples, la Sicile (ces territoires appartiennent à l'Aragon), les colonies d'Amérique (appartiennent à la Castille)
L'héritage Bourguignon : les Pays-bas et la Franche-comté.
L'héritage Habsbourg : l'Autriche.
Ses autres terrritoires lui appartiennent notamment comme saint-empereur.

a suivre
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 22:45

Les Guerres

Elles seront la grande affaire du règne de ce vrai chevalier, qui assiste lui-même à de nombreuses batailles, et provoque à plusieurs reprises François Ier en duel (celui-ci refusera toujours).



Charles en armure

C'est d'abord le conflit contre la France. Charles quint encercle celle-ci par ses différentes possessions. Dès 1521, il défend avec succès la Navarre (au nord de l'Espagne) contre les ambitions des Français et des rois de Navarre (qui ont perdu la plus grande partie de leur Royaume dès 1512). Puis, il lance des opérations dans le nord de la France, depuis les Pays-bas. Elle échoue. Charles porte alors son effort sur l'Italie. Ses troupes, sans lui, remporte un grande victoire à la Bicoque en 1522 face à une armée comprenant en tout 31 000 Français (pas forcément tous engagés). Le duché de Milan est repris, et les troupes impériales (nous appellerons ainsi les troupes de l'empire de Charles quint en entier et non juste celles du saint-empire) marchent sur la Provence mais ne peuvent prendre Marseille. François Ier lance alors une contre-attaque en Italie. Il est à la tête d'une armée de 40 000 hommes, soit une force très importante, et reprend Milan. Poursuivant son effort, François marche sur Pavie où il encercle 9000 hommes commandés par l'espagnol Antonio de Leyva, le 2 novembre 1524. Toutefois, les Français échouent dans leurs efforts pour prendre la ville. Les renforts espagnols, menés par le flamand Charles de Lannoy (on y trouve aussi un Français, Charles de Bourbon), sont repoussés avec de lourdes pertes : les Français sont en position de force. Seulement, Lannoy est renforcé par 15 000 lansquenets menés par Frundsberg, des mercenaires allemands d'infanterie. Au moment de la bataille, les Français sont déployés dans le parc de Mirabello entre la garnison de Pavie et les renforts de lannoy. François Ier mène lui-même une charge victorieuse contre la cavalerie de Lannoy, mais ce dernier replie ses forces sans problème, tandis qu'ailleurs, la bataille tourne au désavantage de l'infanterie française (notamment les piquiers suisses) séparée de sa cavalerie. Celle-ci, toujours menée par le Roi, finit elle aussi par être encerclée et massacrée. François Ier, après des prodiges de valeur, est finalement capturé. Peu de temps après, Charles Quint vient lui rendre visite.

L'empereur n'est pas le vainqueur de Pavie : l'honneur en revient à Lannoy. Mais tout en restant proche des opérations, Charles a su isoler la France par une diplomatie habile, en s'alliance avec le Roi d'Angleterre et s'assurant la neutralité du pape. Son prestige est immense. En 1526, François Ier est contraint à signer le traité de Madrid par lequel il renonce à ses ambitions italiennes et cède à son rival la Bourgogne. Il se relance pourtant dès les années suivantes dans la guerre. Charles Quint est cette fois-ci isolé, face à un ensemble d'Etats italiens, dont les etats pontificaux, l'Angleterre et don la France. Cette situation le pousse à mettre Rome à sac en 1527. En réalité, l'empereur catholique ne voulait pas piller la ville, mais juste la prendre pour faire pression sur le pape, mais il perd le contrôle de ses hommes, dont de nombreux luthériens qui mettant la cité à feu et à sang. Le pape Clément VII, suite à cette défaite, se montre beaucoup plus docile par la suite. Le traité de Cambrai, en 1529, met fin à cette nouvelle guerre : François Ier n'obtient rien en Italie, mais il récupère la Bourgogne.

C'est que l'empire ottoman s'est mis en branle. Ses puissantes armées investissent la Hongrie, liée à Charles quint, et surtout son frère Ferdinand. Ce dernier gouverne de fait les possessions autrichiennes des Habsbourgs, dont son frère est souvent absents, et il fait de même pour le saint-empire en entier, tant charles doit voyager. Soliman le magnifique, sultan ottoman, a balayé la Hongrie commandée par le beau-frère de Ferdinand, louis II, et il assiège Vienne en 1529. La bataille est longue mais les 23 000 impériaux parviennent à résister aux quelques 120 000 ottomans. Epuisés, incapables de percer, ces derniers abandonnent le siège en bon ordre. En 1532, les Turcs lancent une nouvelle offensive contre Vienne mais se replient avant de prendre la cité. En 1535, Charles quint, avec ici une force principalement espagnole de 60 000 hommes, reprend l'initiative en débarquant en Tunisie ottomane. Il emporte brillamment la ville de Tunis, et inflige une lourde défaite aux Ottomans. Mais la même année, la guerre avec la France reprend. Elle se termine par la paix de Nice en 1538, sans vraiment de résultats pour l'un ou l'autre des camps. Et c'est aussi en 1538 que la flotte de la sainte ligue, dont l'espagne fait partie,et qui est commandée par l'amiral Andrea Doria est écrasée par la marine ottomane au large de la Grèce, à Preveza. Les ottomans s'assurent la suprématie en méditerranée orientale. L'Espagne la conserve à l'ouest de la sicile, mais elle est mise sous pression par les opérations menées par les pirates barbaresques, basés en Afrique du nord, qui lancent des raids contre les îles et les côtes espagnoles ou italiennes, faisant de très nombreux prisonniers, emmenés en esclavage. La flotte espagnole y répond mais ne peut empêcher tous ces raids éclairs.

En 1541, depuis Tunis, Charles Quint commande une offensive (assisté par le duc d'Albe pour l'armée, et Andrea Doria pour la marine) contre Alger. C'est un échec lourd : il perd 8000 hommes sur 24 000. La marine aussi, subit de lourdes pertes. Au même moment, la guerre reprend en europe centrale. Ferdinand et Charles quint lancent une nouvelle offensive contre Soliman, pour reprendre la Hongrie. Après quelques succès initiaux, ils sont repoussés. Mais, également épuisés, les ottomans mènent une poursuite peu violente, se contentant de prendre quelques forteresses. Les deux adversaires sont épuisés et ruinés et signent une paix, qui confirme la suprématie ottomane en europe centrale : Ferdinand doit abandonner ses prétentions sur l'ensemble de la hongrie, il ne récupère qu'une partie de celle-ci pour laquelle il doit payer un tribut aux ottomans. Charles Quint retourne en Espagne, ne perdant rien, mais le traité avec Soliman comporte malgré tout une humiliation : le sultan ne l'appelle pas l'Empereur, mais simplement le Roi d'Espagne, car lui-même se considère comme le vrai héritier des Césars. La guerre avec les Ottomans est donc un match nul : les ottomans ont progressé en Europe centrale, mais ils n'ont pas pu prendre les territoires impériaux. Les Habsbourgs ont échoué dans leur tentative de reprendre cette région pour la chrétienté, ont également échoué dans la reconquête de la méditerranée orientale mais ils ont réussi à défendre leur empire, et ont même pris aux ottomans une partie du leur, la Tunisie (qui sera reprise plusieurs décennies plus tard).

La guerre contre la France a repris au même moment, soit au début des années 1540, les Français étant alliés aux ottomans. Charles Quint mène personnellement une invasion de la France depuis les pays-bas et avec l'aide des Anglais. Il remporte quelques succès, mais la paix de 1544 entérine un statu quo : une nouvelle guerre pour rien. En 1547, c'est la guerre contre les protestants d'Allemagne, et Charles quint remporte la victoire de Mulhberg à la tête de 30 000 hommes. Il reconquiert ainsi le sud de l'Allemagne, mais ne peut pas encore éradiquer la réforme. Il n'y parviendra jamais : en 1551, une nouvelle guerre éclate contre la France, alliée aux princes protestants d'Allemagne. Au cours de celle-ci, les résultats sont longtemps mitigés : Charles Quint est personnellement mis en échec à Metz, et les Français peuvent donc garder les trois évéchés de Lorraine qui étaient sous leur autorité (Toul, Verdun, Metz). En revanche, les armées impériales et leurs alliés sont victorieuses en italie. Mais la victoire finale, pour les Espagnols, qui mettra un terme définitif aux guerres d'Italie, ne viendra qu'en 1558-59. A cette daté, Philippe II est le Roi d'Espagne (et des pays-bas, des territoires espagnols en italie et de Franche-comté) et Ferdinand le saint-empereur : Charles quint est mort en 1558, deux ans après son abdication définitive).



Charles Quint entourés de ses ennemis vaincus : Soliman le magnifique, le pape Clément VII, François Ier, le duc de Clèves, le duc de Saxe et le landgrave de Hesse. Pourtant, il ne remporta pas de victoire décisive contre Soliman, ni contre François Ier ou les protestants allemands en général, se contentant en général de maintenir le statu quo.

a suivre
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 23:00

La prépondérance espagnole

Charles quint ne saurait se limiter à un seul espace de son empire. Mais c'est bien l'Espagne qui en est le coeur : elle en est le territoire le plus riche. L'empereur se désintéresse généralement de ses territoires allemands, sauf quand il doit y mener des guerres (assez souvent, donc), qui sont éclatés et ou son pouvoir est plus limité. Il laisse de plus en plus son frère Ferdinand gérer le Saint-empire. Charles Quint ne voit également ses possessions italiennes que comme des dépendances. Les Flandres, où il né, attirent davantage son attention et son respect, les Flamands formeront avec les Espagnols une majorité de ses conseillers ou même généraux. Mais c'est bien l'Espagne qui est le joyau de l'ensemble.

Charles Quint sait qu'elle seule, grâce à l'or des Amériques, peut financer ses guerres. Lui-même ne s'intéresse pas beaucoup au nouveau-monde, il n'est pas un visionnaire de ce point de vue. Mais il a absolument besoin de cet or qui inonde l'espagne. Tout en assurant à celle-ci la prépondérance politique, Charles Quint ne lui permet pas un développement économique aussi important que possible, puisque l'or qui arrive dans la péninsule ibérique est généralement réinvesti ailleurs. Malgré cela, jusqu'aux années 1570, l'activité économique en Espagne restera très importante, pas moins que dans les autres régions actives d'Europe. L'Espagne fournit également une bonne partie de son armée, mais pas forcément la majorité. Du moins faut-il distinguer les cas : durant les guerres d'italie, les Espagnols sont un contingent parmi d'autres, entre les troupes flamandes et les mercenaires suisses, italiens ou allemands, naturellement plus nombreux sur le front italien que dans les flandres ou en lorraine. Ils se distinguent néanmoins par leurs tactiques innovantes (les fameux tercios, formations mêlant piques et arquebuses), et en fournissant une bonne partie des officiers de l'armée. Ils sont largement majoritaires dans les campagnes d'afrique du nord et très présents dans les opérations navales (seuls l'Espagne et les alliés italiens de charles quint ont de vraies marines de guerre : l'Allemagne n'en a pas), en méditerranée ou en Atlantique et dans les opérations contre les luthériens (leur catholicité est jugée très fiable). Ils prennent presque exclusivement (sans compter les indigènes) en charge la colonisation du nouveau monde. Par contre, leur rôle dans les guerres contre les Ottomans en Europe centrale est plutôt limité. L'Espagne est certainement le plus gros contributeur en troupes régulières de l'armée de Charles, peut-être le plus gros contributeur tout court (mais les mercenaires, en revanche, sont majoritairement allemands, parfois suisses), mais pas le seul.

D'un point de vue personnel, Charles Quint aime beaucoup l'Espagne, mais après 1530, il n'y séjournera qu'assez peu, puisqu'il se déplace constamment en Europe au gré des conflits, sa femme Isabelle gérant les Royaumes espagnols en son absence. En revanche, après son abdication, il demeurera bien à Yuste, un monastère en plein coeur de la péninsule ibérique. Il est aussi vrai que l'empereur a de plus en plus tendance à parler le Castillan, au détriment du Français, même si sa maîtrise de ce dernier reste excellent jusqu'au bout. Son testament est rédigé en Espagnol. Son successeur légitime, Philippe II, sera un pur espagnol, tout comme son fils illégitime Don Juan d'Autriche.

Pourtant, sa politique très globale et ambitieuse s'accommode mal des seuls intérêts espagnols : ceux-ci sont à trouver avant tout en Afrique du nord, accessoirement en Italie (pour l'Aragon avant tout) et en Amérique (surtout pour la Castille). Les Espagnols ne sont pas forcément contents de supporter le poids de la lutte du christianisme romain contre les protestants ou les Ottomans, poids financier et humain. Surtout qu'ils sont en première ligne (surtout l'Aragon, très accessoirement la Castille, en sachant que les deux royaumes, bien qu'ayant conscience d'appartenir à un même espace culturel, sont distincts. Charles Ier d'Espagne est en fait à la fois Roi de Castille et D'Aragon, il n'est pas officiellement Roi d'Espagne, même si on le qualifie souvent ainsi, même à l'époque) dans la lutte contre les Barbaresques qui viennent régulièrement faire des rafles sur les côtes espagnoles. Dispersée, devant assurer des tâches immenses partout en Europe mais aussi dans le monde, la marine et l'armée espagnole ne peuvent guère se concentrer sur ce problème qui perdure donc.

Charles quint s'est fait construire un palais à Grenade, en plein coeur de l'Alhambra :

le batiment carré que l'on voit en deuxième plan :




patio intérieur du palais :


Il aimait aussi résider à l'Alcazar de Seville, palais de style Mudejar (cad un mélange de style chrétien occidental et musulman) :





Mais si il n'y avait pas de capitale, et si Seville était la plus grande ville, Tolède était généralement considéré comme le centre politique de la péninsule (Valladollid étant le centre religieux) :
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 23:25

Charles quint et les ottomans

Charles Quint se révèle bien incapable de faire face à l'empire ottoman de façon efficace : en 1529, il manque de perdre Vienne sans avoir rien fait pour la sauver. Seule la défense héroïque des troupes autrichiennes permettent de remporter un succès inespéré mais défensif. En 1532, lors de la seconde tentative de Soliman contre la ville, Charles Quint prend personnellement la tête d'une armée de 40 000 hommes pour venir au secours des Allemands. Mais une fois sur place...il évite le combat contre son ennemi. Les Ottomans, comprenant qu'ils risquent de s'enliser, peut-être de perdre, se détournent de Vienne, mais ils remportent ailleurs quelques succès, certes limités.
L'empereur parvient donc à conserver son empire intact, mais la première fois (là où le risque était le plus grand) il ne le doit certainement pas à lui-même. La seconde fois, il se montre timoré et laisse donc l'initiative à son ennemi, tout en parvenant à faire l'épouvantail. Soliman répondra toutefois à cette attitude par le mépris.

Il se montre plus intéressé par le front méditerranéen, mais là encore, il ne parvient pas à endiguer le flot ottoman : sa marine permet la victoire de Tunis en 1535, elle prend quelques îles, mais elle est battue en batailles navales lorsqu'elle s'aventure en méditerranée orientale, et subit même quelques échecs en méditerranée occidentale. Toutefois, la force de la marine ottomane ne lui permet pas de s'avancer plus oultre (la devise de Charles quint "Plus ultra"), ce qui assure à l'Espagne une certaine suprématie dans la méditerranée occidentale, même si elle ne parvient pas à mettre fin aux agissements des pirates barbaresques. En orient, en revanche, les ottomans avancent inexorablement jusqu'à Lépante en 1571 (et même un peu après). Il faut dire que la marine est déjà assez mobilisée dans l'Atlantique...Mais beaucoup moins que dans la seconde partie du siècle, lorsque les anglais et les Hollandais seront en guerre contre l'Espagne.

Si Charles Quint ne parvient pas à écraser les ottomans, et a bien du mal à endiguer ses assauts, c'est aussi car il attache plus d'importance à la guerre contre la France. Celle-ci semble la grande affaire de son règne. Pourtant, Charles Quint a toujours rêvé de croisade, mais il semble apparemment bercé de l'illusion de pouvoir réunir toute la chrétienté (dont la France est le Royaume le plus peuplé, de loin) contre l'ennemi ottoman. Une telle réunion de force, face à un empire ottoman qui a lui aussi ses ennemis (notamment l'empire perse Séfévide) aurait certainement abouti à une belle victoire en Europe centrale et orientale (mais plus loin, cela aurait été difficile). Seulement cette solution était impossible.
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 23:35

Charles Quint et la réforme

Très catholique, Charles est aussi persuadé que l'unité religieuse seule peut faire la puissance politique. C'est pourquoi dès les années 1520, il cherche à lutter contre la réforme. Seulement, les thèses de Luther sont adoptées par de nombreux allemands, y compris (voire même surtout) chez les princes. Pris par les guerres contre la France puis les ottomans, Charles Quint doit alors choisir le compromis, et laisse surtout son frère Ferdinand gérer ce problème. Dans les années 1540, il choisit de se montrer plus offensif. Depuis longtemps, il exige un concile afin de régler le problème protestant (en supprimant le protestantisme) par un concile. Celui-ci a lieu a Trente en 1545 mais ses résultats sont contraires à la volonté de l'Empereur : le Pape veut surtout en faire un traité permettant de défendre la foi Catholique, les protestants ne sont pas invités à la réflexion, et cela abouti à la réforme catholique qui ne fait qu'accentuer les problèmes.

A partir de ce moment, Charles Quint se montre ferme : il entre en campagne contre les princes protestants. La guerre de 1546-1547 est un succès personnel pour Charles quint. C'est au cours de celle-ci qu'a lieu la scène peinte par Titien :



En revanche, lors de la guerre suivante, qui débute en 1552, Charles Quint est vaincu par les Protestants appuyés par Henri II de France. Il doit se replier en Italie (là, il est victorieux contre les Français) et finalement accepter la paix de Passau de 1555, un compromis favorable aux luthériens. Là encore, l'échec de Charles quint est patent.
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Sam 18 Déc 2010 - 23:49

Charles Quint, chef de guerre

Se voulant avant tout un chevalier, Charles Quint aime la guerre. Il assiste à de nombreuses batailles, et plus encore à des sièges, et supervise souvent lui-même les opérations militaires. Néanmoins, il ne laisse pas le souvenir d'un très grand chef de guerre. Tout d'abord, il est bien assisté, ce qui rend ses propres mérites moins importants : Charles de Lannoy, Charles de Bourbon, le Duc d'Albe, Andrea Doria et d'autres l'entourent, et se révèlent de grands tacticiens. Charles Quint, lorsqu'il manoeuvre lui-même, obtient des résultats mitigés : il vainc les Français en Navarre dans les années 1520, il remporte une belle victoire en Tunisie (à la tête d'une grosse armée de 60 000 hommes) et une superbe campagne contre les protestants en 1547, quelques succès peu probants dans le nord de la France, supervise vaguement les opérations régulièrement victorieuses en italie durant l'ensemble des guerres de religion (les plus grandes victoires en italie, la bicoque, Pavie, ou Marciano, ne sont pas directement remportées par lui) et mène une "non-campagne" en Autriche en 1532, sans engager le combat. A l'inverse, il subit une défaite à Alger en 1541, en Lorraine au cours de la guerre de 1552, puis ensuite est repoussé des territoires protestants d'Allemagne. Toutes les défaites ne sont peuvent non plus lui être attribuées personnellement : les défaites navales par exemple. Son bilan comme chef de guerre demeure bien mitigé.

Comme stratège, il semble avoir été assez limité aussi : sa défense de l'europe centrale est catastrophique puisque, se concentrant sur le front méditerranéen, il abandonne à son sort la Hongrie, et manque de perdre Vienne en 1529. En revanche, les guerres d'Italie sont plutôt bien menées, il joue pleinement de sa situation d'encerclement de la France et à l'intelligence de ne pas laisser les Français s'installer en Italie, ses troupes l'emportant systématiquement dans ces territoires. Il défend également efficacement les Pays-Bas, mais moins les territoires allemands. Toutefois, ses échecs à prendre les territoires du Roi de France ne sont pas imputables à un manque de compétence : c'est juste que le Royaume de France est un mastodonte (18 millions d'habitants en 1550, soit le même ordre de grandeur que l'empire ottoman ou l'empire de Charles dans sa totalité. Mais c'est un royaume compact et plus centralisé, ce qui rend encore plus difficile une invasion) qu'on peut battre mais pas vraiment envahir. Toutefois, Philippe II, après ses victoires écrsantes de Saint-Quentin et Gravelines en 1558 aurait, lui, certainement pu mener une offensive directement contre Paris, sa campagne ayant été réellement décisive (Paris est alors à 100 Km seulement des espagnols). Il ne le fera pas et Charles Quint, retiré à Yuste, en sera atterré.
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MessageSujet: Re: Charles Quint   Dim 19 Déc 2010 - 0:00

La fin

Charles Quint savait que son empire serait divisé : d'abord car en sus de souverain de ses possessions personnelles, il était Saint-empereur par élection. Or, son fils Philippe n'allait probablement pas faire un bon saint-empereur : il était Espagnol, ne parlait que le Castillan et détestait les Allemands qu'il jugeait exubérant et peu disciplinés. Philippe, donc, en toute logique, aurait dû devenir souverain d'un ensemble méditerranéen composé de l'Espagne et des possessions italiennes, plus les colonies espagnoles. Charles Quint songeait à regrouper le reste de son empire cad l'Autriche, la Franche-comté et les Pays-bas dans un ensemble nord-européen qui serait gouverné par le nouveau saint-empereur. Ce partage semblait cohérent : l'espagnol et ultra-catholique Philippe allait recevoir des territoires latins, méditerranéens, très marqués par l'influence espagnole et peu touchés par le protestantisme. Ferdinand, le frère, bien que né en Espagne, était un vrai germanique. Catholique, il n'en avait pas moins des sympathies et de la compréhension pour les protestants. Il aurait pu maintenir un équilibre dans un ensemble d'europe du nord et Philippe dans un espace sud-européen.

Mais, Charles quint fit une succession moins cohérente et plus classique : il donna finalement le saint-empire, possessions autrichiennes comprises, à son frère Ferdinand en 1555 après son abdication de ce trône. Puis, il donna les possessions personnelles ne faisant pas partie du saint-empire, cad les Pays-bas, la Franche-Comté et les territoires sous contrôle espagnols à son fils Philippe. Ce fut certainement une erreur : les pays-bas se révoltèrent, certainement peu pressé de négocier avec l'intransigeant et si peu germanique Philippe II, surnommé le "démon du midi".

La succession de Charles Quint fut certainement le péché originel des Habsbourgs, qui mena à leur échec ultime.

En 1556, l'homme brisé qui entre au monastère de Yuste est loin de ces considérations. Atteints de la goutte, affecté depuis longtemps par des troubles digestifs, usé par les années de règne, Charles de Habsbourg se retire dans une modeste chambre où il rassemble des horloges comme pour représenter le fait que si il n'a pu constituer une monarchie universelle, c'est à cause du manque de temps. Il apprendra la victoire de Saint-Quentin depuis cette chambre ainsi que la découverte d'un foyer de protestants à Valladollid en plein Espagne, ce qui le poussera à recommander à ses enfants la plus extrême fermeté concernant le traitement des "hérétiques". Il meurt finalement de la malaria le 21 septembre 1558.
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